15.04.2009

Ecrire l'image, de Benoit Peeters

Benoît Peeters_ Ecrire l'image.jpgBenoît Peeters a publié en janvier dernier un petit livre remarquable, Écrire l’image. Il le dé dédicace est à ses fils. Je dirais que ce n'est pas innocent. En effet, c'est là le parcours modèle que bien des pères rêveraient d’avoir. Faire voir aux enfants un travail et un parcours sain, à l’heure où la contemporanéité artistique est jonchée de névroses. D’ailleurs, en parlant d'Hergé et de Töpffer, Peeters pointe le « même souci d'être compris par les plus jeunes » (page 108). Benoît Peeters, on le voit sur son visage, est un homme clair et lumineux. En tout cas, cet « itinéraire, autobiographie intellectuelle » donne à lire son « Habilitation à diriger des recherches », soutenue à la Sorbonne,  il y a un an et demi. Ce travail à le mérite de lier entre elles les différentes approches, thématiques et philosophiques de son auteur: « J'ai le sentiment d'être, par bien des côtés, le contraire d'un touche-à-tout: une sorte d'obsessionnel à plusieurs facettes », écrit-il en page 10. La question qui fait l'enjeu ici, mais qui n’est pas posée ouvertement, est : le dessin est-il un double de l'écriture ou une expression de la même énergie dans deux médias différents ? Ces deux univers doivent-ils rester distincts ou gagnent-ils à des recoupes, des jonctions ? Peeters se pose la question de leur réunion, fructueuse ou pas ? Pour la BD, oui, écriture scénaristique et dessins graphiques participes du même souci de narration. Le dessin comme écriture. Pour le roman photo, c'est plus problématique. Par exemple, il faut penser à la place du texte et à son articulation avec la figuration. L'expérience du phylactère inséré dans Fugues, réalisé en collaboration avec Marie-Françoise Plissart n'a pas convaincu Peeters. En revanche, l'alternance texte/image en vignettes occupées à part entière, dans Le Mauvais oeil, ne marcherait qu'avec un texte assez court. La tripartition photographies/dessin/texte est, quant à elle, une réussite totale. L'enfant penché, œuvre réalisée avec François Schuiten et Marie-Françoise Plissart, alterne vignettes et phylactères, photographies et textes encadrés à part, sans que le lien visuel et narratif ne s’estompe. L’on peut lire, page 70: « la spécificité du média m'importe autant que la cohérence narrative ». Le parcours dans l’œuvre de Benoît Peeters se prolonge dans des installations, des analyses de la bande dessinée, des biographies d'auteurs et autres créations : cinéma, romans, essais, traductions, réalisations sonores, conceptions d’expositions et spectacles vivants. Le plus souvent, il s’agit de collaborations.

Concluant sur son « envie d'accompagner le travail des autres » et son présent travail sur biographie de Derrida, qu'il a côtoyé, Écrire l’image est un ouvrage qui est de ceux qui ouvrent la lecture d’un corpus complet.

Benoît Peeters fait partie de ceux qui donnent envie de comprendre, de lire et d’entendre des propos intelligents sur la bande dessinée. Le fil ténu, grisâtre, clair, qui se dessine au fil des pages de ce scénariste, mais pas que, est diaphane.

 

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